mardi 12 mars 2013

Aime moi (1)

Comme un nouveau feeling avec ce nouveau roman. Eh oui, encore un. Celui là me plaît vraiment, les personnages sont clairs dans ma tête, je sais où je veux aller et comment y aller. Il n'y a plus qu'à espérer que ça vous plaise ! Bonne lecture !
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Lucie préparait ses valises, en silence. Elle fit plusieurs fois le tour de la petite chambre d’étudiante qu’elle occupait depuis près de quatre ans. Jetant de fréquents coups d’œil à sa montre, elle s’appliquait à ranger méthodiquement les pantalons, puis les chaussettes, les pulls et la trousse de toilette dans le sac rouge posé sur son lit. Vingt-deux ans de vie dans une valise à roulette et un sac à main noir. Celui-là, c’était Antoine qui lui avait offert. Le seul fait de penser son nom lui donna des frissons, et, pour la première fois depuis le début de son projet, elle sentit la peur lui taillader le ventre. Elle regarda une dernière fois autour d’elle, puis dans un soupir claqua la porte et ferma à double tour.

A cet instant, Antoine ouvrit la porte du réfrigérateur, sortit le jus de pomme que son père s’appliquait à fabriquer chaque automne, se servit un verre et se dirigea vers la fenêtre. Des champs, des champs à perte de vue. Et un soleil, rayonnant pour ce mois de mai qui avait été si ingrat jusqu’à lors. Encore deux heures à attendre.
-    A quoi tu penses, Tonin ?
Antoine sursauta. Sa mère avait toujours le don d’apparaître à des instants où l’on s’y attendait le moins.
-    Je me disais qu’on pourrait peut-être envisager de finir le muret de la maison, cet été après mes examens… répondit-il.
-    D’accord, à une seule condition…
Au ton de sa mère, Antoine comprit qu’elle allait lui proposer quelque chose qu’il ne pourrait pas lui accorder.
-    Je t’écoute… lui dit-il anxieux.
-    Tu demandes Lucie en mariage avant l’année prochaine !
A ses mots elle éclata de rire et alluma le poste de télévision.
-    Je ne trouve pas ça spécialement drôle…
Il reposa son verre encore plein, descendit rapidement les marches de l’escalier qui le menait au sous sol, là où ses parents lui avaient installé sa chambre lorsqu’il avait eu 18 ans. C’était il y a cinq ans. Il essuya d’un geste rageur les larmes qui coulaient le long de ses joues, prit sa guitare et commença à jouer.

Le campus était très étendu, et il fallait le traverser pour atteindre les différentes lignes de tramway. Lucie prit tout son temps, flâna le long des pelouses où de nombreux étudiants désoeuvrés se prélassaient. Il était encore trop tôt, cela ne servait à rien de se presser. La sangle de son sac lui coupait son épaule nue, elle regretta presque d’avoir choisi un haut si léger, mais ce soleil de mois de mai l’avait trop tenté. Lorsqu’elle parvint enfin à son arrêt, elle sortit ses écouteurs et se laissa emporter par les notes que lui offrait son lecteur. Elle ferma les yeux, et se glissa parmi ses souvenirs.
Elle avait 18 ans, lorsqu’ils étaient partis. Enfin partis, c’est ce qu’avait annoncé sa tante. Elle revenait du lycée, par une journée aussi belle que celle-là. Sur le chemin, elle s’était sentie légère, futile, peut-être même amoureuse. Elle avait ouvert la porte en chantonnant, et s’était vite rendue compte que quelque chose ne tournait pas rond.
-    Sophie ?
La présence de sa tante dans la maison familiale l’avait surprise, puis inquiétée. Le visage ravagé de Sophie ne laissait rien présager de bon.
-    Ils sont partis ma Lulu…
Du reste, Lucie ne voyait que du flou. Elle se rappelle de Sophie lui tombant dans les bras, expliquant entre deux sanglots l’accident, la voiture, et le coma dans lequel restait sa mère. Elle se souvient de son cri, ce hurlement plus fort qu’elle, qu’elle avait poussé en comprenant que plus jamais elle ne serrerait son père dans ses bras.
Lucie ouvrit les yeux, le visage envahit par la tristesse coulant le long de ses joues. La plaie qui s’était ouverte en elle il y a quatre ans ne se refermait pas. Elle jeta à nouveau un rapide coup d’œil à sa montre, cette fois c’était bien l’heure. Elle monta dans le premier tramway, emportant derrière elle son gros sac rouge, rouge comme les souvenirs qui lui brûlaient la tête et le cœur.

Antoine reposa sa guitare. Dans une heure elle sera là. Il ouvrit un livre, le referma. Il avait mal à la tête. Que lui dira-t-il ? Qu’il l’aime ? Ou bien était-ce trop rapide ? Depuis combien de temps se connaissaient-ils déjà ? Six ans, sept ans ? Depuis combien de temps s’étaient-ils perdus de vue ? Lorsqu’il avait vu son numéro s’afficher sur son téléphone portable, il n’y avait pas cru. Et lorsqu’il avait décroché, il avait d’abord pensé qu’elle s’était trompée. Elle n’avait pas confirmé ses doutes, au contraire, elle lui avait demandé si elle pouvait le rejoindre, pour deux jours. Surpris ça oui, il l’avait été. Après tant d’années de silence, d’angoisse, de manque, qu’avait-elle à lui dire ? Il avait accepté, bien évidement, et lorsqu’il avait annoncé la nouvelle à sa mère, il avait vu son visage s’assombrir.
-    Parce que tu crois vraiment qu’elle va revenir ? avait-elle dit d’un ton sévère.
-    Je crois juste qu’elle n’a jamais disparue.
Ce jour là il avait ressorti tous les albums de photographie. Il avait décidé d’expliquer à ses parents la jolie fille qu’il avait rencontrée ce jour de mars, à côté de son lycée. Il leur avait montré Lucie, lorsqu’elle avait encore ses cheveux longs et bouclés, il leur avait présenté Lucie lorsqu’elle avait décidé de les couper très courts, il leur avait raconté Lucie, son sourire, ses éclats de rire, son visage, son bonheur. Il leur avait expliqué sa vie, à cette époque, qui ne rimait qu’avec le prénom de sa bien aimée : Lucie. Elle était pour lui son souffle, sa raison de vivre. Et ils l’avaient compris, ils l’avaient entendu, écouté.
-    Tonin ?
Une fois de plus, Antoine fut interrompu de sa rêverie par sa mère qui ne savait toujours pas frapper à sa porte après vingt-trois ans de vie commune.
-    Oui ?
-    Excuse moi…
-    Ce n’est rien.
Il aurait voulu lui crier qu’il l’avait détesté de l’entendre dire ça. Il avait envie de lui hurler qu’elle ne le comprendrait peut-être jamais mais que c’était ainsi, que lui ne changerait pas.
-    Tu m’en veux ?
Elle insistait. Antoine pensa qu’il était inutile de lui mentir.
-    Oui…Tu sais maman, j’aimerais qu’on fasse comme si de rien n’était. J’aimerais qu’elle soit toujours la bienvenue, comme avant. Qu’elle soit toujours et encore la fille que tu n’as jamais eue. J’aimerais que tu l’aimes, comme avant.
Elle poussa un soupir, peut-être de la tristesse, sans doute du désarroi. Elle hausse les épaules et quitta la chambre, lâchant juste :
-    Ton père devrait bientôt arriver.
Antoine s’approcha de son ordinateur. Son frère, Bastien,  lui avait laissé un email. « Hello frangin ! Comment vas-tu ? Avec Lisa on a pensé que tu pourrais venir passer quelques jours après tes examens ici. Qu’en penses-tu ? J’attends de tes nouvelles ! ». Il ferma la fenêtre, prit sa veste, ses clés de voiture et lâcha un « j’y vais ! » avant de refermer derrière lui la porte d’entrée.

[A suivre...]

samedi 26 janvier 2013

Blog en pause !

Je reviendrai, quand l'inspiration sera de retour ! 

A bientôt chers lecteurs !

dimanche 20 janvier 2013

Kernovan

Un nouveau bébé, et pour qu'il continue à grandir, j'ai besoin d'avis, et surtout d'encouragements ! Alors, à vos commentaires !

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Il n’est pas très difficile d’aller à Kernovan. Le vieux Emile qui habite la maison forestière depuis tant d’années doit pourtant souvent guider quelques touristes égarés, ou visiteurs de passage. Alors, inlassablement, il répète :
-    A la sortie de la forêt, c’est tout droit, vous passerez les champs à votre droite, et vous y êtes !
Kernovan : petite bourgade du sud de la Bretagne, à cent mètres de la mer. Il n’y a pas de plage à Kernovan, seulement des falaises abruptes, que les vagues viennent embrasser continuellement au rythme des marées. Ville fleurie à deux reprises, Kernovan marque souvent les esprits par sa beauté, et surtout la simplicité des petites maisons qui l’occupent. Les quelques mille habitants de Kernovan y ont une vie plutôt paisible, bercée par le chant des mouettes et la floraison des roses trémières.  Au centre, on trouve tous les commerces utiles : un  tabac, une boulangerie, un traiteur, une pharmacie et même un petit centre commercial, sans oublier la boutique de l’antiquaire, et le fleuriste.  Un peu plus loin,  un petit parc arboré, et un manège, qui s’installe lorsque l’été arrive. Sur la grande place de la fontaine, la mairie côtoie les deux écoles de Kernovan : l’école maternelle Charles Baudelaire et l’école élémentaire Paul Verlaine. Un grillage vert entoure cette dernière, et lorsque l’on pousse la grille grinçante pour y entrer, on pénètre dans un monde à la fois mystérieux, bruyant et surtout extrêmement complexe.

-    Mais tu te rends compte ? Je suis professeure des écoles moi, pas instit !
En ce jeudi midi, la salle des maîtres était envahie par des odeurs de fromage, de poisson et de compote de pommes.  La plupart des enseignants de l’école Paul Verlaine préféraient manger là, pour pouvoir corriger entre midi et deux et par la même rentrer plus rapidement le soir. Ainsi, les odeurs de tous les plats pré-cuisinés que l’on peut trouver dans le commerce se faisaient sentir dès que l’on pénétrait dans la salle.
-    C’est quand même incroyable que l’administration puisse être autant incapable !
Lisa ne prit pas la peine de répondre. Elle haussa les épaules et se dirigea vers le micro-onde, qui venait enfin de se libérer. Elle n’avait jamais compris ce besoin presque viscéral qu’avaient certains de ses collègues de refuser catégoriquement l’appellation "instit". Après tout, il y a bien longtemps qu’il n’y a plus de différences, puisque tous les instits  (qui sont passés par l’école normale), sont devenus des professeurs des écoles (avec le temps). Elle regarda Béatrice agiter son arrêté de nomination comme une preuve de l’incapacité du rectorat à faire son travail correctement, et observa les mouvements d’approbation de Luc, Sonia et Valérie.
Lisa s’entendait plutôt bien avec ses collègues. Depuis son arrivée dans l’école il y a trois ans, ils avaient déjà monté ensemble de beaux projets, avaient organisés trois repas de Noël et un pique-nique de fin d’année entre eux. Mais de manière générale, Lisa avait plutôt du mal à supporter la mentalité de prof. Bien qu’elle fasse parti du corps enseignants depuis une dizaine d’année, elle avait une aversion pour tout ce que l’on pourrait appeler les stéréotypes du prof : ceux qui râlent tout le temps, ceux qui ne savent pas faire la part des choses avec leur vie privée, ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de ramasser du bois flotté sur la plage pour le bricolage de Noël quand ils sont en promenade avec leurs familles. Non, ça vraiment, elle avait du mal à comprendre.

[à suivre...]

mercredi 2 janvier 2013

C'est beau, la nuit.

Vingt-deux heures. On a réussi à se garer tout près de la sortie. Un étrange sourire a pris place sur notre visage, comme si c'était l'unique satisfaction de la journée. Il faut dire qu'il n'y a pas grand monde dans ce parking souterrain. On fait quelques pas, on passe la porte. Nous y sommes.

D'abord, l'odeur. La boulangerie Paul a fermé depuis longtemps, on a pourtant l'impression d'humer encore le fumé des petits pains, et la senteur âcre du café. On lève la tête, pour voir le panneau d'affichage, l'odeur du béton nous prend à la gorge. Ca sent la transpiration, la foule qui n'est plus là, le métal, le souffre, la solitude. C'est bon, il est à l'heure.

Quinze minutes à attendre. On regarde sa montre, puis les horloges. Il y en a quatre. Non cinq. On s'amuse à toutes les repérer. Celles qui clignotent en vert, près des grands écrans, celles, plus anciennes, blanches et fluorescentes là haut, sur le vieux bâtiment. Si elles pouvaient nous parler, elles en auraient des choses à dire ! Que diraient-elles, par exemple, de cet homme là, assis dans un coin, le regard triste, les mains sur ces genoux, la tête contre son sac. Est-il là depuis quelques minutes ? Deux heures ? Plus longtemps ? S'est-il arrêté pour se reposer ou bien la vie l'a-t-elle stoppé net  en plein voyage ?

C'est vide. Quelques passants, deux trois hommes et femmes qui ne s'arrêtent pas. On consulte son portable, on écoute de la musique, comme pour se donner une contenance que l'on n'a plus. La foule a disparu, laissant place à ce vide, qui nous embrasse comme la mort. L'anxiété apparaît, et si je les loupais ? Et s'ils n'arrivaient pas, finalement ? L'immensité du bâtiment fait résonner le moindre toussotement. On pourrait presque voir des fantômes, des fantômes voyageurs, et leurs valises hurlantes.

D'habitude il y a ces couples, qui s'embrassent longuement avant de se séparer devant la borne pour oblitérer les billets, il y a ces enfants qui font un caprice parce que leurs petits sacs sont trop lourds, il y a ce jeune homme à lunette, qui passe son temps à lire les magazines directement dans le kiosque et ça énerve la vendeuse... Il y a celle qui mange un sandwich sous vide au poulet en faisant tomber un morceau de tomate, celui qui tend la main pour avoir un euro pour aller aux toilettes, ou encore celle-ci qui console son bébé, dont les cris résonnent dans les hauts plafonds de l'édifice.

A vingt-deux heures, il n'y a plus rien. Juste le grincement des portes automatiques et le cri d'un SDF dehors. A peine un jeune homme qui se ronge les ongles, et ce vieux monsieur qui fait les cents pas en s'appuyant sur sa canne. On regarde les pubs. Ils sont mignons ces bébés tigres. Tiens, je lirai bien ce livre. J'ai envie d'une barre chocolatée. Il est déjà sorti ce film ? La trotteuse de l'horloge verte poursuit sa course du temps, et déjà, l'instant fatidique approche.

Au loin, le bruit d'une fuite vient perturber le silence. Des gouttes d'eau irrégulières tombent dans une flaque, dans un "plic" tonitruant. On se prend à s'intéresser à la structure du bâtiment. C'est incroyable ce mélange d'ancien et de contemporain. Il faudra penser à la replacer dans une conversation lors d'un dîner, peut-être samedi si l'occasion se présente. Sur les bas-reliefs, tout en haut, un petit enfant tire sur les jupes de sa mère. Ici bas, les enfants sont déjà couchés. Bientôt, c'est la rentrée, et avec toutes ces fêtes, il faut reprendre les bonnes habitudes. D'ailleurs, on ferait bien un petit régime. Allez, demain, je m'y mets.

Tout à coup, on se rend compte que la fausse impression de silence est simplement due à une soufflerie assourdissante. Le bâtiment respire. Il respire pour toutes ces âmes qui y passent, jour après jour. Ces mêmes âmes qui défilent, sans prêter attention à ce qui se déroule autour. Ceux qui courent pour ne pas le rater, ceux qui courent pour mieux se retrouver, ceux qui courent pour mieux s'enfuir, qui sait. Des allers, des venus, pas un regard. Alors le soir, quand tout redevient calme, l'édifice souffle, comme pour nous rappeler son imposante existence.

Et puis soudain, du monde. D'abord une jeune fille, qui rejoint le garçon aux ongles rongés. Elle l'embrasse, elle semble heureuse de le retrouver. Lui ? Moins. A suivre. Et cet homme là, qui arrive en souriant. Qui vient-il rejoindre ? Visiblement personne puisqu'à son tour il fait grincer les portes automatiques et sort d'un pas décidé. Bon, on se concentre. Où sont-ils ? On lève la tête, on se met sur la pointe des pieds, comme si le fait de gagner cinq centimètres nous permettait de mieux voir. Des visages inconnus qui défilent, des bagages à roulettes, des sacs à dos... Un homme bouscule une jeune femme. Ils se retournent et s'observent. Un coup de foudre ? Une insulte ? Ils ne se disent rien, l'homme tâte ses poches pour vérifier l'emplacement de son portefeuille. Il repart. Dommage. Ah les voilà ! On s'embrasse, on est comme soulagé de se retrouver.

Après, l'atmosphère redevient calme. Les bruits se font plus rares. Les gens aussi. Demain, dès l'aube, la scène de se théâtre de la vie sera à nouveau pleine d'acteurs. Demain, dès l'aube, les petits pains se vendront bien, et les visages disparaîtront derrière la fumée des tasses de café. Demain, dès l'aube, la vie reprendra son cours. En attendant, paisible, impassible, hormis quelques âmes errantes, elle dort.

C'est beau, une gare, la nuit.

samedi 29 décembre 2012

Ces petits plaisirs là...

C'est ce petit plaisir là. Celui qui rend la journée plus belle, ou la nuit moins triste... 

On était allongé sur le canapé, il n'y avait rien à la télévision, ni sur la 2, ni sur arte, encore moins sur TF1 ou sur M6. Rien que des séries qu'on n'avait pas suivi, ou des films qu'on avait déjà vu. Celui qui partage notre vie avait plutôt décidé de passer la soirée avec son ordinateur, même le chat semblait se désintéresser totalement de notre petite personne. 

On avait d'abord soufflé, un peu râlé, puis tenté un petit somme. On s'était retourné, on était passé sur facebook. On avait pianoté quelques notes, on avait écrit quelques mots, mais rien de bien probant. Alors, on était retourné se prélasser, la télécommande en main, tel un trophée de guerre, le regard dans le vague.

On s'était mis à zapper, un petit tour sur le replay, entre dîners presque parfaits et cauchemars en cuisine, et soudain, bien caché, la perle rare. Un petit bijoux, dissimulé entre toutes ces émissions abrutissantes qui passent à longueur de journée. Un diamant, dans un petit écrin, écran... On avait presque eu peur qu'elle ne se lance pas. Pas une pub, pas un bug, un chargement rapide, et on s'était retrouvé en plein coeur d'un concert de Bénabar. 

Pas un immense live, avec des projecteurs, des flammes lorsque le chanteur arrive sur scène en hélicoptère, ni un orchestre complet... Non, un petit concert, intimiste, acoustique, quelques musiciens, deux choristes, et un chanteur. De la musique. Du bonheur pour les oreilles. Des mélodies, des accords connus. On n'avait pas pu s'empêcher de bouger les pieds au rythme des différents morceaux... 

Et puis les mots, ces mots qui racontent "un couple divague sur la maison future", ces mots qui caressent "moi je tombais amoureuse comme on tombe d'une chaise", ces mots qui touchent "moins vite, trainez en chemin qu'on en profite"...  Les mots du poète, de ce poète chanteur, qui en quelques phrases, en quelques notes, a su illuminer notre soirée. 

C'était ce petit plaisir là. Celui qui avait rendu la journée plus belle, et peut-être la nuit moins triste... C'était ce petit plaisir là... Ces petits plaisirs là, souvent bien dissimulés, qui rendent nos vies joyeuses et nos routines heureuses... Comme un immense trésor caché, là, dans un coin du salon...

jeudi 20 décembre 2012

Défi écriture (5)

Voici le nouveau défi d'écriture, proposé par Clémence. Je me suis lancée un défi perso dans le défi : écrire un conte. 

Le thème du défi : Noël
Contexte imposé : Votre action doit se dérouler les 24 et 25 décembre. Je laisse votre imagination nous amener vers des nouvelles de tout genre (policier, thriller, horreur, SF, fantasy, roman d'amour, politique, philosophie de la vie, comptine pour enfant...). 
Mots imposés : neige / sapin / rouge
Forme du texte : libre
Date où vous devez avoir publié : le 25 décembre (of course)
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Il y a bien longtemps, dans un monde que nous ne connaissons pas, dans un lieu dont nous ignorons tout, vivait une vieille dame, solitaire et voûtée, que tout le monde appelait Baboulga. Elle habitait une chaumière délabrée, en bordure de forêt. De la fenêtre de la maisonnette, on peut voir danser les écureuils et leurs pas sur la neige.

En cette veille de Noël, les odeurs d'épices venues des quatre coins du monde viennent nous chatouiller le nez. Tout semble usé, vieilli, usé, rongé par le temps et pour cause : la propriétaire de ces lieux n'a pas moins de 92 ans. Baboulga avait été de ces femmes qui font tourner la tête des hommes. Elle avait été belle et gracieuse, agile et futile. Elle avait aimé plonger ses yeux bleus azurs dans le regard de ses prétendants, et avait toujours eu l'impression de pouvoir les ensorceler. Car c'était bien là son ambition, son rêve le plus intime, le plus fou peut-être, le moins réalisable...

A l'âge de dix ans, Baboulga avait déclaré "plus tard, je serai sorcière !". Elle rêvait de magie, d'étincelles, de baguettes et de balais volants. D'évasion, en somme... La sorcière que Baboulga rêvait d'être n'était pas de ces affreux personnages que l'on retrouve dans les contes de fées les plus sordides. Ce que Baboulga voulait, c'était vivre de magie. 

Mais hélas, la fillette n'avait pas été épargnée par la vie, et coincée sur son lit d'hôpital, la maladie qui la terrassait l'empêchait de s'évader où bon lui semble. Elle avait décidé de se battre, du haut de ces dix ans, se battre pour elle, mais aussi pour les autres. Se battre pour eux aussi, ces enfants zombies que l'on croise dans les couloirs de l'hôpital et qui semblent avoir déjà vécu 92 ans. L'âge de Baboulga aujourd'hui...

Elle gagna son pari. A vingt ans, un 25 décembre, le médecin prononça le seul mot magique de toute sa carrière : "rémission". Baboulga était guérie, il n'y aurait plus de blouse blanche, de piqûre, d'attente interminable, d'avis contradictoires. Il y avait juste la vie, qui avait décidé de lui laisser une chance. Alors Baboulga devint sorcière. Elle devint la sorcière-gentille comme les gamins l'appelaient lorsqu'elle partait en mission en Afrique, elle était la sorcière-bien-aimée dans les bras de ces hommes  qu'elle caressait, elle était la sorcière-maman pour le petit Luca qu'elle avait tant bercé. 

Et la vie avait continué. Agaçante, angoissante, frileuse, peureuse, souvent heureuse. Quatre-vingt douze ans de vie et le combat d'une femme, amoureuse du fado, amoureuse de sa mélancolie. 

De la fenêtre de la petite chaumière, on peut voir danser les écureuils, et leurs pas sur la neige. Aujourd'hui, veille de Noël, Baboulga ferme les volets. Il n'y a plus rien à attendre, il n'y a plus personne. A côté du petit sapin branlant, coupé fraîchement dans la forêt, Baboulga prend dans ses mains ridées la photo de son fils. Le verre est brisé, le cadre est tombé le jour de la mort de Luca. Il n'y a plus rien à attendre, il n'y a plus personne. Le vieux tourne-disque chante "douce nuit". Baboulga s'allonge, sur son lit. Elle fermera les yeux, et s'enfuira enfin, vers cet autre monde, pour rejoindre tous ceux qu'elle aimait. Baboulga s'endort, le sourire aux lèvres. Non, elle n'est pas devenue une vraie sorcière. Mais une chose était sûre, en apprenant à faire danser les étoiles dans les nuit les plus sombres, elle avait découvert comment ne jamais devenir... une grande personne !

lundi 10 décembre 2012

Elisa

Elle avait mis son petit pull marin, pour l’occasion. Rayé bleu et blanc. C’était la première fois qu’elle foulait cette plage. Elle avait longtemps hésité avant de venir. N’était-ce pas là un grosse erreur ? La fin d’une idylle tellement envoûtante ? C’est vrai, elle le connaissait depuis longtemps maintenant. Mais la vie virtuelle avait quelque chose de protecteur. Comme si le danger n’existait pas, par écrans interposés. Derrière son clavier, elle n’avait plus peur de dire les choses comme elle le pense, elle était quelqu’un d’autre.

C’est ce « quelqu’un d’autre » qui inquiétait le plus Elisa. Là, sur la plage, peut-être même sous quelques gouttes de pluie, elle ne pourrait plus tricher. Il faudrait trouver les mots justes, sans se tromper, sans faire d’erreur, sans blesser.

Lorsqu’ils branchaient tous deux leur webcam, le monde d’Elisa se transformait. La vie devenait plus amusante, attrayante. Elle prenait tout son intérêt lorsque le visage de son ami apparaissait sur le petit écran. Des sourires, des cœurs formés avec les doigts, des bisous envoyés avec la main… Jamais de contact réel, jamais de parole prononcée à voix haute. Juste des gestes, et le bruit sec du clavier crépitant sous les doigts d’Elisa, et son cœur battant au rythme des touches.

Elle se remémorait ces conversations interminables, lorsque l’on pense que le monde entier dort déjà. Ces conversations qui rassurent et qui font croire qu’on s’aime. Derrière l’écran, elle s’était dévoilée, elle avait facilement pianoté les sept lettres les plus importantes de sa petite vie de jeune femme.

Devant la désapprobation de ses parents, elle avait décidé de désobéir. Pour essayer, pour voir, pour tenter. Braver l’interdit, pour à nouveau trouver ce brin d’excitation, ce plaisir qu’elle ressentait lorsqu’elle s’inventait une vie par boîtes de dialogues interposées. Maintenant qu’elle y était, l’inquiétude avait remplacé le plaisir. Sera-t-il au rendez-vous ?

Elisa observa longuement un vieux monsieur, assis sur un transat, entouré d’enfants qui riaient en creusant le sable. Elle pensa au bonheur qu’il devait ressentir d’être au milieu de cette marmaille. Elle se dit qu’elle aussi, un jour, elle voulait être grand-mère, et se s'installer, pourquoi pas sur  cette plage, pour observer ses petits enfants, jouant gaiement.

Elle s’assit, dessinant avec son doigt des formes aléatoires sur le sol. Le vent soufflait fort, et les vagues grondaient, mais elle se sentait légère et futile. Pourtant, au fond, tout au fond d’elle, l’angoisse grandissait. Plus les secondes passaient, plus le battement de son cœur accélérait.

Elle repensa à sa mère, qui lui avait reproché son côté trop fleur bleue. Elle se remémora ces instants indécis avec lui, où ils avaient longuement parlé de cette rencontre. C’est lui qui avait choisi la plage, elle s’était laissée porter. Ce rendez-vous tournait la page d’une histoire, elle espérait pouvoir en construire une autre avec lui. Il était beau, intelligent, musicien, poète… Il avait su la séduire par les mots, par ces phrases envoûtantes qui font parfois couler les yeux. Mais les plus grands poètes ne sont pas forcément les meilleurs amants…

Elisa était assise là, sur ce coin de plage, depuis une petite heure. Le temps semblait s’égrainer, s'envoler, insensible à la peur de la jeune fille, tel le sable entre ses doigts. Elle regarda longuement ces hommes et ces femmes venus fouler la plage, un dimanche après-midi. Elle jeta un œil à sa montre, et effaça ses dessins, lentement, de manière quasi-cérémonieuse. Elle sentit la colère monter en elle. De rage, elle essuya une larme coulant le long de sa joue. Le destin n’avait pas choisi le bonheur pour elle aujourd’hui… Déjà seize heures, c’est sûr, il ne viendra plus…